Le français, une matière à problème PDF Imprimer Envoyer Partager
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Le français, une matière à problème

 

En tant que francophone, il faut reconnaitre l'importance du français dans les études. Cette enseignante invite les apprenants à s'intéresser à la langue. Nonga Marie Cécile remercie Aulycee.net pour cette trubune donnée à l'enseignant pour s'exprimer sur sa profession et ouvrir un pan de voile à monsieur tout le monde sur les réalités de ce métier.

 

Nonga Marie Cécile Enseignante français Les sapins

 

Aulycee : Votre parcours est-il en cohérence votre profession ?

 

Nonga Marie Cécile. : J’ai fait des études de lettres et à la base j’ai un Bac A4. A l’université j’ai fait les lettres modernes françaises et j’ai une maîtrise en langue française. On peut dire à ce niveau que c’est cohérent. C’est ce que j’ai appris, c’est ce que je sais faire. Je ne suis pas passé par l’Ecole Normale Supérieure. Après ma maîtrise, j’avais fini avec les UV de DEA. A cette époque on pouvait faire que la recherche en DEA. Pour meubler mon temps en dehors de mon projet de thèse et avoir les moyens financiers de le conduire, j’ai commencé à enseigner dans le privé il y a 13 ans aujourd’hui (2000).

 

Aulycee : Peut-on parler de vocation ?

 

Nonga Marie Cécile : Au-delà de mon parcours, il y a eu mon amour pour le métier. On peut appeler cela la vocation. C’est vrai que mon vœu n’était pas d’enseigner dans les études secondaires. Je souhaitais à l’époque intervenir dans les études supérieures. Ce qui m’avait poussé à poursuivre mes études après la licence. Je ne suis pas mal à l’aise non plus dans les études secondaires. Pour moi chaque jour est un réel plaisir. De puis le CES puis le lycée, j’ai toujours admiré mes enseignants. Je pourrais citer aujourd’hui M. Nana Guillaume devenu écrivain, qui m’a beaucoup marquer dans mon parcours. A l’université j’avais une alternative. Je voulais faire soit des études de lettres pour devenir enseignante à l’université, soit faire des études de droit pour devenir avocate ou magistrat. A l’époque je vais à l’université de Yaoundé prendre les renseignements. Le premier jour, je me rends plutôt en Faculté de droit et il est question que je revienne me préinscrire le lendemain. On dit souvent que la nuit porte conseil et bien c’était le cas car je me suis posée beaucoup de questions. Est-ce qu’avec le droit je pourrais transmettre mes connaissances comme je le souhaite ? J’avais une idée des métiers d’avocats et de magistrats comme des personnes qui ont leur barreau et qui encadrent les affaires. Je me suis rendu compte qu’avec le droit ce ne sera pas facile de réaliser mon souhait. A la dernière minute le vœu d’enseigner a primé sur celui de faire le droit. Je crois que ce jour j’avais opté pour l’enseignement sans avoir une idée formelle de l’enseignement et du droit.

 

Aulycee : comment ont été vos débuts ?

 

Nonga Marie Cécile : j’ai commencé sur le tas dans le privé. Je me suis formée dans les séminaires et dans les contacts avec les inspecteurs pédagogiques. Il est vrai que j’ai été admissible au concours de l’Ecole Normale par 2 fois mais j’ai raté l’oral. Ce qui m’avait un peu traumatisé mais j’ai réussi à me remettre dans le privé et plus tard j’ai été contractualisé.

Aulycee : sur quels thèmes avez-vous orienté votre projet de thèse ?

 

Nonga Marie Cécile : L’emploi de présentatifs dans les romans camerounais. A l’époque on avait retenu un roman d’Eza Botto dont le titre m’échappe tellement ça fait longtemps. Je me suis arrêtée à la collecte des données et j’ai eu pas mal de difficultés dont la plus grande a été le début des maternités. Finalement allier les études à cela n’a pas été facile et elles en ont pris un coup. Mon encadreur M. Ndassi professeur à l’université de Yaoundé à l’époque continue de m’encourager à reprendre mon projet de thèse. Mon superviseur était le professeur Tabi recteur de la même université à l’époque. Le fait d’en parler avec vous la question rebondit en moi et je crois que je ne fais pas honneur à tous ces enseignants en ne me précipitant pas dans ce projet de thèse.

 

Aulycee : comptez-vous poursuivre avec votre projet de thèse ?

 

Nonga Marie Cécile : Vous savez aujourd’hui les données ont changé. L’université a un nouveau système, le LMD, avec lequel on ne parle plus de maîtrise mais de master. En master on ne délivre pas de diplôme en master 1 mais plutôt en master 2. Pensant que je devrais recommencer en master 1 cela ne m’encourage pas beaucoup.

 

Aulycee : avez-vous demandé une équivalence de diplôme ?

 

Nonga Marie Cécile : J’avoue que non mais j’y pense. Pour nous les femmes ce n’est pas facile avec mes maternités. J’ai eu quatre bébés, en plus de mon métier je dois trouver du temps pour retourner à l’université.

 

Aulycee : A votre avis quelles améliorations doivent être faites pour l’enseignement du français au Cameroun ?

 

Nonga Marie Cécile : Je pense que beaucoup d’améliorations ont déjà été faites. Le français n’est plus enseigné comme on nous l’enseignait à l’époque. Aujourd’hui il y a eu tellement de réforme et les données ont changé dans le sens de simplifier la tâche à l’élève et à l’enseignant au même moment. La hiérarchie tient compte de l’environnement et de la réalité sociale.

 

Aulycee : qu’est ce qui a changé dans l’enseignement du français?

 

Nonga Marie Cécile : les programmes n’ont pas changé. Ce sont les méthodes d’enseignement et les méthodes d’apprentissages de nos enfants qui on évoluées. Aujourd’hui nous avons deux grandes divisions : la littérature et la langue française. A l’époque nous avions le français dans les documents c'est-à-dire dans le cours magistral du professeur. Celui-ci pouvait à son gré s’arrêter pour vous faire des explications sur les notions. Parfois il lisait son cours et les élèves recopiaient, retournaient le lire à la maison en essayant de s’y retrouver. Aujourd’hui la méthodologie veut que l’enseignant définisse son objectif de départ avant d’entrer dans la classe. Dès la rentrée scolaire il soumet son projet pédagogique avec des objectifs généraux et spécifiques. L’objectif général est celui qu’il doit atteindre à la fin de l’année ou à la fin d’une discipline. L’objectif spécifique est le résultat attendu à la fin d’un enseignement par classe. En d’autres mots dès le début de mon cours je dois savoir où j’amène mes élèves. Les A la fin on doit pouvoir non seulement les évaluer mais m’évaluer moi-même par rapport au nombre d’élèves qui auraient reçu le message.

 

Aulycee : Quelles sont les recommandations au niveau de la conduite d’une leçon ?

 

Nonga Marie Cécile : L’élève n’est pas un observateur. Il n’est pas un assistant. Il est un participant au cours et peut se retrouver à la fin dans les résultats obtenus à la fin. L’enseignant n’est pas un Dieu omniscient mais il est un catalyseur de la pensée. C'est-à-dire que l’enfant qui est devant moi est sensé connaitre les choses et je dois l’amener à exploser. A la fin du cours l’élève et l’enseignant repartent avec l’économie de tout ce qui a été exprimé et intégré. Pour y arriver l’enseignant doit avoir une méthodologie d’actions dans sa salle de classe. C’est cela qu’on voit la conduite d’une leçon : amener l’enfant à observer, découvrir, analyser, interpréter et noter les résultats.

 

Aulycee : Comment se passe l’étude d’une œuvre ?

 

 

Nonga Marie Cécile: Nous ne pouvons pas étudier une œuvre en intégralité. Nous devons sélectionner des extraits de textes pertinents. Je ne fais pas ce choix seule pendant mes cours, je le négocie avec les élèves. C’est vrai que je suis sensée les orienter car je suis mieux placer pour connaitre la vision de l’œuvre de l’auteur. Le choix se fait ensemble pour impliquer l’élève dans toutes les étapes de l’étude de ces textes. Nous observons, nous posons les hypothèses et nous les vérifions ensemble. Nous entrons dans le texte pour le manipuler, l’analyser et l’interpréter avec les outils d’analyse. Nous tirons les conclusions qui découlent de la somme de ces étapes de travail. De retour dans son cahier l’élève se retrouve dans les notes de son cahier et dans les aspects de l’étude.

 

Aulycee : Quelle est la perception des élèves de l’enseignement du français ?

 

Il faut faire la part des choses. Parlant des enfants de l’enseignement technique et commercial, ils sont très rares qui accordent une importance à l’enseignement du français et des langues en générale. Très peu comprennent qu’en tant que Francophone le français devient la langue de base de leurs études. La comptabilité, la gestion, ou l’économie se font en français et il faut pouvoir déchiffrer l’énoncé résoudre un problème qui se poserait dans ces matières. L’enseignant est très souvent amener à intéresser ces élèves c'est-à-dire à leur apprendre par le jeu pour qu’ils arrivent à garder quelques notions. Dans l’enseignement général le problème ne se pose pas avec la même acuité. Ils comprennent qu’ils ne peuvent pas faire sans le français.

 

Le français fait partie aujourd’hui des matières à problème car dans leurs têtes les élèves se disent que c’est une matière qui ne s’apprend pas. On doit apprendre la géographie et l’histoire ou la SVT, mais le français ils veulent l’acquérir uniquement en salle de classe et attendent la prochaine évaluation. Ce n’est pas possible. La différence c’est qu’on n’apprend pas le français pour restituer des connaissances mais pour pouvoir l’appliquer. Le problème se pose au niveau de cette application. Les élèves ne pratiquent pas le français au quotidien. Un autre constat qui est très général est qu’on lit peu aujourd’hui. Les loisirs prennent le dessus sur la lecture. Pour y pallier nous faisons des lectures visuelles en cours audiovisuels pour les faire réviser. Les projections cinématographiques permettent aussi de visiter aux élèves les œuvres qu’ils n’ont pas connu par exemple Mme Bovary, Une saison blanche et sèche.

 

Aulycee : Est-ce que l’audiovisuel permet de relever les difficultés ?

 

Nonga Marie Cécile : Il faut dire que le niveau est très bas. Les notes sont mauvaises en français en général. La discipline qui est la bête noire des élèves aujourd’hui c’est la dictée. La raison est qu’il est impossible de donner à l’enfant tout le répertoire des mots qui existent en français. Quand bien même ce serait possible, peut-on donner toutes les utilisations possibles des mots et tous les accords ? Non. Il faut que l’enfant lise pour enrichir son vocabulaire, son lexique. Il est question qu’il manipule les textes pour observer les accords. On a des enfants en Terminale qui sont parfois inspirés sur un sujet donné mais la langue laisse à désirer.

 

Aulycee : Que faut-il faire pour encourager la lecture ?

 

Nonga Marie Cécile: la sensibilisation est ce que nous faisons tous les jours. Les bibliothèques existent mais il faut exiger qu’ils entrent dans ces bibliothèques en orientant une étude vers un livre dans les rayons d’une bibliothèque donnée. Ce n’est pas agréable d’être un grand directeur, un médecin, un cadre dans une entreprise et de ne pas âtre capable de rédiger une note en bon français sans fautes. Il faudra que les enfants comprennent dès maintenant qu’ils évoluent dans l’espace francophone et que la langue de base de leurs études c’est le français. Dans le contexte de conjoncture économique, il y a très peu de parents qui achètent des livres à leurs enfants. Il faut montrer aux enfants les lieux de lecture qui sont très souvent payant dans les grands centres urbains.

 

De plus il faudrait adopter en salle de classe des heures de lecture suivies par un agent bibliothécaire. Il faut que la bibliothèque soit impliquée avec un planning détaillé par classe. Après la lecture, le bibliothécaire peut mener des débats, des échanges enrichissants pour susciter en eux l’envie de lire. Dans ce cas il faut choisir des textes dans le sens des attentes des élèves et de l’enseignement. On se base sur les œuvres d’actualité tout comme sur des œuvres anciennes, le plus important est de savoir ce qu’on recherche dans une œuvre et d’éviter les œuvres qui portent atteinte à la pudeur. Tous les livres peuvent enrichir le vocabulaire et le lexique. La lecture d’une bande dessinée laisse au moins un mot chez l’élève qu’il pourra exploiter dans ses évaluations et ses conversations avec ses camardes.

 

Aulycee : quelle est l’influence des parents dans l’apprentissage des langues ?

 

Nonga Marie Cécile : Ceux qui ne comprennent pas en premier l’importance du français dans les études ce sont les parents. On assiste à un phénomène de nos jours, celui des cours de répétitions. Selon les parents l’élève à plus besoin des cours de répétitions en matières scientifiques qu’en matières littéraires. Quand ils proposent à l’enseignant de français de donner des cours à un enfant c’est comme une faveur qu’ils lui font. Ils se disent que l’enfant peut s’en sortir seul en français. C’est cette ignorance des parents sur l’enseignement du français qui fauche l’enfant dans son cursus scolaire.

 

Propos recueillis pas Amelie Laure KEMOUO

 

 

Mise à jour le Vendredi, 07 Mars 2014 15:52