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Promouvoir les langues camerounaises

 

Enseignant au collège privé laïc Les Sapins, Georges F.Touatsa estime que « Les langues camerounaises sont des savoirs nouveaux, qui nous permettront de nous liguer davantage à nos cultures. »

 

Georges Touatsa enseignant langues africaines LesSapins

 

Aulycee : Estimez-vous votre parcours en cohérence avec votre métier ?

 

Georges F. Touatsa : Pour être sincère c’est un métier que je n’ai pas choisi au départ, mais je m’y plais aujourd’hui. Je suis spécialiste de linguistique et de littérature africaine. Je suis enseignant de français dans les EPES (Etablissement Privés d’enseignement Secondaire) depuis 18 ans. Cela fait 4 ans que je suis au collège Les Sapins. J’ai été enseignant assistant vacataire à l’université de Yaoundé. Ce qu’on appelle teaching assitant où j’ai eu une expérience de 8 ans. Autrefois on les appelait les moniteurs. J’ai été également assistant à Dikingson College à Carline en Pennsylvanie aux Etats Unis. Depuis que je suis retourné au Cameroun, je me suis livré à cette passion, l’enseignement des langues et très récemment des langues camerounaises puisqu’on les a introduites dans le cursus scolaire des élèves de 6ème et de 5ème.

 

Aulycee : qu’est-ce qui vous a motivé à l’enseignement des langues ?

 

Georges F. T. : Depuis ma tendre enfance j’ai toujours aimé les langues. Je m’adaptais très facilement aux langues. Dès le CE1, nous avions un livre qui s’appelait « Living Together ». A partir de là c’est développé mon gout pour les langues. A partir de l’université, après la spécialisation en littérature africaine, je me suis spécialisée en linguistique au département de langues et linguistique africaine de l’université de Yaoundé I en 1999 d’où je suis sortie avec une maitrise en langues et linguistique africaines.

 

Aulycee : quelle est votre vision de l’enseignement des langues au Cameroun ?

 

Georges F.T. : je suis de ceux qui pensent que la langue est l’âme d’un peuple. En ma qualité de spécialiste de linguistique africaine, je pense que l’occident a dominé l’Afrique en maitrisant ses langues, en les transcrivant. Quand on apprend la langue d’un peuple, on maitrise forcément sa culture et en conséquence on peut dominer ce peuple. C’est ce qui me motive. Je m’inscris dans une perspective post coloniale de l’enseignement des langues. J’ai été content de l’introduction des langues camerounaises dans le cursus des établissements scolaires privés et publics. Ici j’enseigne les classes de 2nde, 1ère et Tle de l’enseignement technique et commercial.

 

Aulycee : quelles langues camerounaises enseignez-vous ?

 

Georges F.T.: On n’enseigne pas une langue précise mais le schéma des langues camerounaises qui s’appliquent à toutes les langues. Nous avons des enfants qui viennent d’origines culturelles diverses, on essaie pour ceux qui maitrise leurs langues de les transcrire et de les initier à la pratique de l’écriture et de l’apprentissage de leurs langues. Il s’agit d’un schéma global qu’on intègre dans les langues et les cultures de notre pays. Nous avons des cultures qu’il faut faire valoir et celles-ci sont nécessairement associées aux langues.

 

Aulycee : quelle est la perception des élèves de ces enseignements ?

 

Georges F.T.: Ils les perçoivent très bien. Au début, c’est comme un amusement mais quand on entre dans leur vécu quotidien : culture gastronomique, vestimentaire, aspect traditionnel, on a l’impression qu’on est entrain de leur restituer quelque chose qu’on leur a volé. Dans les ménages, ils ne sont pas habitué ni à parler les langues, ni à s’intégrer véritablement dans leur culture. Les parents d’aujourd’hui sont presque acculturés et n’initient pas assez leurs enfants. Quand bien même ils seraient de la même ère culturelle.

 

Aulycee : qu’est-ce qu’il faut pour améliorer la situation actuelle ?

 

Georges F.T. : Il faut diversifier. Il faut étendre la culture camerounaise à tous les échelons sur l’ensemble du territoire. Cela forcera plus les citadins, car on suppose les villageois ont conservé leur essence culturelle. En ville, en les initiant davantage, en vulgarisant cet apprentissage des langues, on les intéressera plus. Ceci peut se faire à travers des séminaires, des conférences qu’on peut amener dans les établissements scolaires des grandes métropoles du Cameroun.

 

Aulycee : Cela suffira-t-il ?

 

Georges F.T. : c’est un nouvel apprentissage qui va nous permettre de nous liguer davantage à nos cultures. Je pense que pour les élèves se sera beaucoup plus facile. Ils ont encore l’esprit vierge. J’ai été très enchanté les grandes vacances de constater des centres d’apprentissage des langues camerounaises. Je l’ai vu à l’école publique de Messa de Yaoundé non loin du marché Mokolo. Pendant tout un mois des volontaires ont initié les ressortissants de certaines aires culturelles bien précises à l’apprentissage de leurs langues. Je pense que c’est à travers cet effort là que l’esprit culturel africain va renaître.

 

Aulycee : Racontez-nous une anecdote à partir de votre vécu avec les élèves et vos collègues.

 

Georges F.T. : Elle sera partagée par beaucoup d’enseignants. Généralement nous nous retrouvons dans une situation où les enfants disent « on m’a insulté », «  On a dit ce qu’il fallait faire de moi. » Je n’ai remarqué que lorsque l’action est a été posée pourtant on s’est exprimé dans leur langue. Ce qui veut dire que les jeunes africains et singulièrement les jeunes Camerounais d’aujourd’hui ont perdu beaucoup de leur identité culturelle. Il est intéressant, comme le rappelait le colloque organisé par le ministre de la culture et de l’information à l’époque en 1985, que les Camerounais rentrent dans leur identité culturelle véritable.

 

Aulycee : quelle vision avez-vous de l’enseignement ?

 

Georges F.T : on peut commencer un métier à tout hasard et s’y plaire. C’est ce qui m’est arrivé. J’avais une vision pas pessimiste de l’enseignement mais dans ma conception ce n’était pas tout à fait ce que je percevais. L’enseignement privé en particulier n’est pas très reluisant. Il n’est pas même pas attirant. C’est pourquoi beaucoup qui veulent s’y lancer veulent partir et partent beaucoup plutôt. Je vais encourager les camerounais et beaucoup d’autres collègues à la pratique des langues camerounaises. C’est ce qui va nous restituer notre identité perdue. Je veux dire volée et c’est à nous de récupérer ce qui nous a été volé. Ce n’est pas à celui qui nous l’a volé de nous le restituer.

 

Aulycee : Quels sont vos projets ?

 

Georges F.T. : Mon projet se situe au niveau de la recherche linguistique et psychologique. J’enseigne aux élèves du DSEP (diplôme supérieur d’études professionnelles) des cours de psychologie des organisations, de leadership, de dynamique sociale. J’encourage à la pratique des langues d’abord. Pour maitriser les langues occidentales il faut maitriser les langues traditionnelles. Nous assistons à un dépérissement des langues coloniales. Les enfants ne s’expriment ni n’écrivent bien les langues ni française, ni anglaise, pour la simple raison qu’ils n’ont pas maitrisé leurs langues maternelles. Il est d’abord important de maitriser ces structures et la maitrise des langues occidentales sera un jeu. Ce projet a débuté dans ma tête et sur le papier et il me faudra mettre un peu d’images pour le concrétiser.

 

Propos receuillis par Amelie Laure KEMOUO

 

Mise à jour le Vendredi, 07 Mars 2014 17:09