Histoire Géographie Ecm: comment motiver les élèves PDF Imprimer Envoyer Partager
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 Enseignant d'Histoire, de Géographie, d'Education à la Citoyenneté et à la Morale, Tchokouali Simplice, nous parle de la démotivation ambiante pour ces disciplines,  des techniques pédagogiques pour arriver à accrocher les apprenants et leur permettre de se déployer entièrement.

 

Aulycee: Votre parcours d'enseignant est-il en cohérence avec votre profession?

 

Tchokouali Simplice: Je vais dire partiellement, dans la mesure où je suis en principe historien de formation. Je dispense Histoire, Géographie et Education à la Citoyenneté et à la Morale. Mais cela ne relève pas de mes compétences dans la mesure où se sont les pouvoirs publics qui ont voulu cela. Ce sont les textes qui le prévoient puisque ce sont des matières un peu liées. Avant, dans les écoles de formation et même dans les institutions universitaies, elles étaient regroupées dans le même département d'Histoire/Géographie. Aujourd'hui elles sont divisées, mais sur le terrain et dans la formation nous avons des unités de valeurs communes en Histoire ou en Géographie. Je peux donc dire qu'il n'y a pas une cohérence mais ce problème ne relève pas de ma compétence.

 

Sur le terrain on a toujours tendance à nous donner plus de classes que prévues, et des heures qui se rajoutent ici et là. Cependant enseigner a toujours été mon souhait et ce souhait a été exaucé. J'enseigne ces matières aujourd'hui parce que j'ai été flatté et interessé par les disciplines. Je m'en sortais beaucoup au secondaire. C'est mon professeur d'Histoire-Géographie M. Diafre, en classe de Terminale qui avait bien voulu que je fasses histoire en faculté. En tant que pédagogue et aîné, il avait certainement vu en moi certaines prédispositions. Il m'a encouragé et en faculté je me suis inscrit en Histoire. Je suis allé jusqu'en 4ème année et j'en suis sorti avec une maîtrise en Histoire Economique et Sociale. Je crois que c'est un bagage suffisant pour dispenser les cours. J'ai une dizaine d'années d'expérience dans l'enseignement privé avant d'entrer à l'Ecole Normale Supérieure.

 

Aulycee: Quelle est votre vision de l'enseignement de l'Histoire-Géographie dans les lycéees et collèges ?

 

Tchokouali Simplice: Il y a une nécessité de refonte des programmes. Je pense qu'on nous éloigne trop des réalités locales. On leur fait apprendre la géographie de l'Europe, mais on se rend compte que le citoyen camerounais ne connait même pas son village. Je crois que les pouvoirs publics feraient mieux en ramenant cela à notre quotidien.  Je vais aussi déplorer le coefficient qui est affecté par exemple en ECM. Il ne motive pas assez les élèves: coefficient  1 en l'exception de la Terminale, c'est vraiment démotivant. L'un des problèmes dans ces disciplines est le manque d'engagement. Il y a l'introduction du choix de l'Histoire ou de la Géographie aux examens officiels. Les élèves attendent les deux dernières semaines pour reviser ces matières. Or, on ne peut pas faire le travail de 9 mois en 2 semianes. Cela crée une démotivation chez les élèves.

carte cameroun

Aulycee: Faut-il des compétences en plus pour enseigner l'ECM ?

 

Tchokouali Simplice: L'ECM relève de la culture générale et pose beaucoup de connaissances historiques. Un enseignant d'Histoire est donc mieux placé pour l'enseigner. Avec la moralité que revêt cette discipline, les philosophes et les professeurs de philosophie dispensent également cette matière. Il faut aussi des prédilections et une base car parfois il suffit juste d'être ouvert à l'extérieur. Pour la Géographie, il y a un véritable problème, car on ne peut pas se retrouver à 100% dans certains concepts. La géographie à partir de la seconde, contient des  parties trop techniques où les enseignants d'Histoire ne sont pas très calés. Dans les autres classes  du 1er cycle où on parle de la Géographie économique, ça passe bien. Parfois, en essayant de forger, on devient forgeron. On essaie de s'accoutumer. Si c'est une faute alors c'est une faute institutionnelle.

 

Aulycee: Quelle est la perception des élèves de cette matière ?

 

Tchokouali Simplice: La perception n'est pas aussi méliorative que dans les autres disciplines surtout dans les cas où l'enseignant n'accroche pas les élèves, ça devient hâché avec une démotivation. Mais lorsqu'on voit les enseignants qui accrochent les élèves, ceux -ci se déploient véritablement, même si dans la plupart des cas ces disciplines posent des problèmes. L'enseignant lit les cours et l'élève doit copier. Même à la veille des examens tout dépend de l'enseignant. Moi je fais mes cours 4 à 5 semaines avant les examens et j'arrive à rassembler 40 à 50 élèves attentifs, qui se déploient vraiment. Mon collègue M. Nitcheu peut déployer de double. En réalité tout dépend de la pédagogie, de la didactique de l'enseignant. Si l'enseignant se contente de la dictée, il va perdre ses élèves. Il faut trois techniques pour accrocher les élèves: actualiser les cours, procéder par l'interdisciplinarité, rendre le cours vivant par quelques anecdotes.

 

Si le cours parle de l'Egypte ancienne, des pharaons et des royaumes, il faut ramener cela aux chefferies traditionnelles Bamiléks, au Sultanat Bamoun, ou au lamidats du Nord Cameroun. Il faut sortir les images parlantes sur le lamido, ses boubous, le chef traditionnel avec sa canne etc. Tous ces ingredients lorsqu'ils sont réunis, le cours passe bien.

S'il y a une démotivation, c'est aussi par rapport à l'administration de l'établissement qui ne favorise pas ces enseignements. Il faut savoir que l'élève est un psychologue. Si je prends l'exemple de cet établissement, il organise des Travaux dirigés pendant les congés de Noël.

 

L'Histoire et la Géographie ne sont jamais au programme des Travaux dirigés. Je suis un peu fatigué d'en parler car c'est déjà une habitude. Or, il y a des classes ou l'Histoire ou la Géographie représentent coefficient 3 comme en Première. Lorsque l'élève se rend compte que les mathématiques, la physique, l'espagnole sont au progamme des TD tous les jours, en tant que psychologue, il va se dire que pour les autres matières, il n' y a pas un intérêt particulier.

 

Aulycee: Quelle est la perception des parents d'élèves de l'Histoire-Géographie et de l'ECM ?

 

Tchokouali Simplice: Ce manque d'engouement se reflète aussi au niveau des parents, au moment d'acheter le matériel didactique. Quand on insiste, ils vous répondent "Même le livre d'Histoire dis donc ?" J'assistais encore à la remise des prix aux meilleurs élèves dans un établissement de la place il y a quelques mois. On avait remis aux lauréats des livres de mathématiques, de SVT, d'informatique etc. Un enseignant s'est inquiété, "mais pourquoi partout des livres de mathématiques, et d'informatique, est ce qu'on ne peut pas aussi donner des livres d'histoire ?". Il y a cette conception qui est presque déjà institutionnalisée. Je me dis, au lieu de se lamenter, il revient à tout un chacun de s'imposer dans sa discipline. Lorsqu'on s'impose, ça passe.

 

Aulycee: A votre avis que faut-il faire pour améliorer cette perception?

 

Tchokouali Simplice: Les pouvoirs publics gagneraient à refondre les programmes. Au niveau de la 6ème et de la 5ème, on voit déjà l'approche par compétence. C'est un effort de leur part qui n'éloigne plus trop l'enfant de son univers. Avant l'enfant naviguait à vue. Cette approche nous ramène aux réalités quotidiennes. Il y a eu une révision des objectifs pédagogiques. Avant on attendait  de l'enfant qu'il soit capable de citer ou de définir à la fin d'un cours, mais aujourd'hui quand on étudie une leçon c'est pour développer une intuition. Après un cours il faut désormais savoir modifier le savoir être de ses élèves en savoir faire. Il n'est plus un simple perroquet qui récitait sans rien comprendre. 

 

Les dirigeants des collèges gagneraient aussi à intensifier les travaux dans le sens des TD en Histoire Géographie et Ecm. Quand ils priviligient les mathématiques, la SVT, l'informatique, la physique au détriment de l'Histoire forcément ça influe sur la psychologie des élèves. L'enseignant doit pouvoir intéresser les élèves par rapport à sa discipline. Si une discipline compte pour coefficient 1, cela peut ne pas être un problème lorsque l'enseignant s'affirme devant ses élèves. Lorsqu'il fait croire que ce qu'on étudie n'est même pas en rapport avec un examen qu'on doit passer, il a son rôle à jouer.

 

Aulycee: Quelles sont ces anecdotes que vous racontez pour accrochez vos élèves ?

 

Lamido de Ngaoundéré

Sa Majesté le lamido de Ngaoundéré

 

Tchokouali Simplice: L'anecdote ne doit pas être en déphasage avec le cours. Par exemple on étudie l'Egypte ancienne en classe de 6ème. On parle des différentes classes sociales. On arrive sur le clergé qui est l'ensemble des corps religieux. On peut essayer de comparer la situation du clergé dans le temps ancien par rapport au clergé de nos jours. On peut aller jusqu'à citer les cas que nous rencontrons tous les jours. On peut aller jusqu'à reprendre la fameuse chanson du comédien Mitumba qui dit "Jésus n'aime pas les jettons". Vous voyez que c'est le comportement de certains de nos religieux qui encouragent plutôt les fidèles à donner plus de billets. L'enseignant peut entonner cette chanson pour démarquer le clergé d'avant et le clergé d'aujourd'hui. Avant le clergé était au service du peuple mais de nos jours, le clergé est là pour exploiter le peuple. Normalement l'anecdote ne doit pas venir comme ça, car en préparant son cours, rien ne se fait au hasard. On sait qu'on va s'arrêter à un moment donné sur sa fiche de cours pour raconter une anecdote.

 

Il y a des anecdotes sur l'empire du Mali. On peut raconter la légende de Soundiata Keita qui a eu une vie miraculeuse puisque jusqu'à l'âge de 11- 12 ans, il ne marchait pas. On lui a donné un bâton en fer pour se soulever, il n'a pas pu le faire, le bâton s'est cassé. Lorsqu'on lui a remis le spectre de son père, à travers lui, il s'est relevé et il est devenu un grand empereur. Donc l'anecdote ne doit pas être inopiné ou en déphasage avec le cours. On peut parler de certaines catastrophes tels que le volcanisme. Si on parle des effets du volcanisme, on va parler des pertes en vies humaines. On ne va pas certainement manqué de dire que les pouvoirs publics et les Ong vont assister les victimes. On peut faire mention du cas de l'incident qui s'était produit à Nsam. Les pouvoirs publics dédommageaint les victimes, mais les gens prennaient les cadavres pour aller les jetter ailleurs, parce qu'ils savaient qu'il y avait des indemnités. Certains venaient déclarer" J'ai perdu cinq personnes et se mettaient à pleurer. On leur donnait un peu d'argent et ils partaient balancer les cercueils en forêt. Donc voilà des anecdotes qui doivent être en connexion avec le cours et les réalités locales.

 

Propos recueillis par Amelie Laure Kemouo

 

 

 

 

 

 

Mise à jour le Vendredi, 21 Février 2014 01:19