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L'informatique: un challenge et un atout

 

« C’est une passion pour moi de savoir que les autres évoluent grâce à mon apport. J’enseigne l’informatique parce que je crois que c’est la base de tout » Professeur d’informatique au collège B Olive, Yannick Patrice Bagnack compte bien mettre ses élèves à la page des TIC.

 

Yannick P atrice Bagnack Info B olive

 

Aulycee. net : estimez-vous votre parcours en cohérence avec votre profession ?

 

Yannick Patrice Bagnack: Toutes choses qu’on fait part d’une initiation. En qualité d’expert en réseaux et télécoms avec une base en informatique, je crois qu’il était important de transmettre une matière grise à ces jeunes gens. Ils en ont besoin pour mieux adapter leur parcours scolaire.

 

Pour la petite histoire, pendant que j’avais quelques mois on m’appelait déjà enseignant en langues. C’est quelque chose d’inné, de naturel, c’est une chose que je n’ai pas forcé. J’aime transmettre les connaissances qui sont bourrées en moi. J’ai eu des stages en entreprise tel que la CAMTEL, mais je voulais faire tout mon parcours professionnel dans l’enseignement, et l’éducation en général.

 

Je suis par ailleurs promoteur d’une ONG camerounaise pour l’éducation et l’emploi. Je suis en même temps auteur de livres en informatique. «  La clé du succès » par exemple en informatique est de moi. C’est une passion pour moi de savoir que les autres évoluent grâce à mon apport.

 

J’enseigne l’informatique parce que je crois que c’est la base de tout. Aujourd’hui avec le réseau Internet, vous pouvez être à la maison et vous vous formez mieux que celui qui est allé dans un grand centre de formation. Si vous êtes élève, étudiant et autre et respectez les quatre conditions suivantes : avoir un ordinateur desktop ou lap top, avoir une bonne connexion Internet, avoir le programme adapté à son cursus, avoir une bonne discipline de travail, alors vous vous retrouvez à une dimension aussi haute que vous ne l’imaginez pas. Dès lors l’informatique devient votre monde.

 

Moi je n’ai pas fait d’informatique au lycée donc c’est un enthousiasme qui m’anime de voir les autres au secondaire et au supérieure avoir accès à cet outil précieux grâce à mon apport.

 

Aulycee: quelle est votre approche pédagogique ?

 

Yannick Patrice Bagnack: L’approche par compétence : susciter le questionnement à partir de l’enfant. C'est-à-dire que la résolution d’un problème parte de l’enfant. J’ai institué ce que j’ai appelé la vague des exposés au cours de laquelle j’initie les élèves à la recherche. Il ne s’agit pas de la recherche bibliothécaire ou d'archives matérielles, mais c’est une recherche numérique. Je les initie à la recherche qui va leur permettre d’aller sur Internet et d’avoir des informations sur des sites web crédibles pour pouvoir murir leurs connaissances.

 

Aulycee: quelle est votre vision de l’informatique au Cameroun ?

 

Yannick Patrice Bagnack: L’Informatique au Cameroun est encore précaire. Je pense que c’est un autre challenge pour notre gouvernement de former des jeunes compétents pour pouvoir exceller dans d’autres disciplines. Je le dis toujours à mes élèves « si vous ne faites pas l’informatique, l’informatique va vous faire » A base de l’informatique, vous pouvez avoir une bonne méthode en mathématiques par exemple. Je pense que le gouvernement doit faire quelque chose dans ce sens.

 

C’est parce que nous sommes à Yaoundé que vous m’avez rencontré, mais si vous vous rendez dans mon village à Ndognonomou, vous allez trouver un enseignant de psychologie qui s’est transformé en enseignant d’informatique. En réalité c’est "un charlatan ". C’est le problème du Cameroun : il faut davantage recruter de jeunes camerounais compétents, sortis de bonnes écoles pour mieux conduire ce modèle de scolarisation.

 

En 2011 le ministre a introduit l’informatique aux examens officiels. Cette année ce sera la première des épreuves pour les classes de Première. Il y en a déjà eu 2 en Terminale. Vous voyez que c’est un challenge. Au secondaire l’informatique est un tronc commun pour les séries A, C, et D, donc c’est le même programme.

 

Aulycee: comment organisez vous votre travail ?

 

Yannick Patrice Bagnack: Personnellement, j’ai mon lap top. Tous mes cours sont numériques. Le Bic je l'ai oublié. Je l’utilise pour remplir le cahier de texte. J’arrive en salle, j’ouvre mon lap top, je donne le cours et on se sépare. Au cas où la salle n’est pas inondée de jeunes élèves, pratiquement je leur montre sur mon lap top ce qui se passe en salle de cours, avant d’aller dans la salle de travaux pratiques. Quand on parle d’Excel, de Word, je leur montre quels sont les onglets, les icônes etc. Je suis entrain de voir une autre alternative puisqu’il existe aujourd’hui des téléphones qui prennent des logiciels d’applications et qui deviennent de fait un outil de travail.

 

Je pense à enseigner l’année prochaine avec ma tablette pour faciliter la mobilité au sein de la salle de cours, au lieu d’être fixer sur un lap top branchéà une prise. Au sein de cet établissement, je voudrais arriver à terme à des cours sur vidéoprojecteurs. Je pense qu’il faudrait atteindre le niveau des autres pays développés. Nous sommes en émergence c’est vrai, mais il faut que des lycées et des collèges pensent à rehausser leurs cours, notamment à travers des vidéo projections, pour permettre à l’enseignant de préparer son cours sur un PowerPoint.

 

Aujourd’hui l’enfant est capté par l’image. Lorsque l’œil voit et les oreilles entendent au même moment, il y a une forte probabilité de retenir plus de choses. La dictée et la copie sont dépassées. Il faut les pousser à la recherche avec des exposés.

J’enseigne de la 6ème en Terminale. Pour ce qui est des programmes, dans la pratique en 6ème on fait l’historique de l’informatique, on voit les périphériques de l’ordinateur tout comme en 5ème ,on voit l’initiation à Word. En 4ème on s’imprègne du réseau, des aspects et de la typologie des réseaux. Déjà en 3ème c’est les systèmes de numération, on entre un peu dans Excel voir comment on peut insérer une courbe, faire un calcul automatique. En 2nde ,on est en plein dans la pratique de l’environnement Windows, la création des dossiers, fichiers et autres, la publipostage, l’infographie.

 

En Première on voit aussi l’infographie mais on revient spécifiquement sur la programmation statique HTML, l’algorithmique. En Terminale on entre en plein dans les réseaux et la notion de bases de données, la programmation en JavaScript. De la première en terminale j’ai institué un chapitre 0, que j’appelle connaissance de l’architecture matérielle et logicielle d’un ordinateur.

 

Pour la raison suivante : on a constaté que les deux premières épreuves qui sont venues à l’examen avaient un grand pourcentage sur ce chapitre là: les périphériques, les logiciels. Il revient à l’enseignant de faire cette réminiscence aux enfants, une sorte de rappel des cours depuis la 6ème pour leur éviter d’être surpris le jour de la compo.

Comme logiciels, j’utilise la suite Microsoft Office notamment avec Word, Excel, Powerpoint, Access pour les bases de données. En Terminale, Turbo pascal pour l’algorithmique et en Première aussi. Bref,il y en a d’autres que j’utilise pour adapter la théorie à la pratique.

 

Aulycee: quels sont les capacités du collège en termes d’ordinateurs ?

 

Yannick Patrice Bagnack: La vérité dans le collège B Olive c’est qu’il n’y a pas encore une avancée considérable sur ce plan. Nous avons en projet, mais on va davantage utiliser la salle de TP et trouver un fournisseur d’accès Internet pour arrimer les élèves à la technologie.

 

Aulycee: quelle est la perception de vos élèves et des parents de l’informatique ?

 

Yannick Patrice Bagnack: Parler d’enthousiasme ce serait trop dire. Il y a un gros problème de laxisme de la part des élèves au Cameroun, et qui ne part pas de l’école. En tant qu’auteur, je compte même écrire un livre là-dessus. Il y a trois niveaux d’éducation : la famille, l’école et la rue. La famille et l’école doivent combattre l’éducation de la rue, mais malheureusement ces deux maillons de l’éducation n’ont pas pu combattre le troisième maillon.

 

Les élèves sont davantage désintéressés. Quand bien même je leur parle d’exposés ils deviennent difficile et ne comprennent pas grand-chose. Quand bien même ils vont chercher, c’est du copier-coller, ils ne réfléchissent pas. Bon, il faut rester positif, petit à petit l’oiseau fait son niveau.

 

Aulycee: à votre avis que faut –il faire ?

 

Yannick Patrice Bagnack: C’est un combat de longue haleine puisque cela ne part pas de l’école. C’est un combat qui part de la famille où les parents ont démissionné de leurs rôles. C’est un autre débat car les parents confient toute l’éducation de leurs enfants à quelqu’un qui surement a perdu sa part d’éducation. L’enfant est éduqué d’une manière pas voulu par son papa et sa maman.

 

La conséquence de cet état va se faire ressentir au niveau de l’école. Il y a un travail de fond. Chaque parent doit savoir que l’enfant est tout ce qu’il va laisser de sérieux sur cette terre. Il y a Amram Michel qui a sorti un livre sur l’éducation de l’enfant avant sa naissance. Il enseigne comment se comporter avant la conception, pendant la grossesse et après l’accouchement. Il enseigne quelles sont les paroles prescrites, quelles sont les paroles proscrites.

 

Peu de parents parlent à leurs enfants, d’ailleurs ils n’ont pas le temps. ils rentrent quand l’enfant dort, ils sortent quand l’enfant est parti à l’école et le weekend end ils sont en mission. Le problème n’est plus à l’ordre gouvernemental, mais il est au niveau de la souche fondamentale de la famille. C’est un cycle car beaucoup de parents n’ont pas reçu cette éducation étant bébé, et ils ne savent pas la transmettre à leur tour à moins d’avoir reçu la grâce d’être un éclairé.

 

Aulycee: quels sont vos projets professionnels ?

 

Yannick Patrice Bagnack: Je veux faire dans l’éducation et l’emploi dans mon pays. Malgré le fait que la notion de patrie a disparu de nos jours, je suis encore dans cet esprit là. Je veux produire des livres, des programmes de formation, des ateliers, des foires et des expositions. Comme je l’ai dit l’informatique est encore précaire. Pour nos frères qui viennent des villages pour la faculté dans les universités, c’est difficile.

 

Il faut donc les aider à s’éveiller avec cet outil. Lorsqu’ils vont voir ce que les autres en font ça va les booster. Ça va leur permettre de voir leurs erreurs et de savoir en fonction de leurs capacités se corriger. Je suis dans un programme dont je ne peux pas encore parler ou le dévoiler car il se mijote dans les dossiers. Ce programme est dans ma mutuelle.Une ONG camerounaise pour l’éducation et l’emploi, et c’est le programme phare, qui rentre dans le champ de la formation en informatique.

 

Je suis pour l’évolution du pays pour essayer de changer les mentalités et broyer la mentalité tordue des Camerounais. Si je suis devancé objectivement, ça ne serait pas mal mais de bonne guerre.

 

Aulycee: un dernier mot avant la fin de cet entretien ?

 

Yannick Patrice Bagnack: Pour terminer, je dirais que l’éducation au Cameroun est à revoir. Sur ce plan il y a des conférences et des séminaires qui doivent être organisés, ciblés sur les parents, afin de les interpeller, les éduquer et de les sensibiliser à l’implication dans l’éducation de leurs enfants. C’est le nœud du problème. Je pense que lorsque l’enfant n’est pas accroché sur quelque chose, c’est une sorte de laxisme qui se développe.

 

A mon avis il faut aider les parents à travers des conférences orientées et leur mettre en tête l’idée de l’importance de leur implication dans la formation de leurs enfants. Par exemple, le travail ne finit pas d’ailleurs le travail qu’ils font c’est pour leurs enfants. Les hommes sont comme des plantes, à un moment donné ils fanent, tombent et meurent. Ce qui est une évidence réelle. Quand vous mourez ce qui reste de visible et de sérieux ce sont vos enfants.

 

Propos recuellis par Amelie Laure Kemouo

 

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