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Physique Chimie et Technologie

 

Des débouchés multiples, un moyen de gagner sa vie. Enseignant de PCT au collège B Olive, Djomkam Elvis Michel prend sa revenge sur le destin par le travail, la capacité à se dépasser et l’amour du métier. Il termine sa thèse en parallèle en Pharmacobiologie à l’Université de Yaoundé I.

 

Aulycee : estimez-vous votre parcours en cohérence avec le métier d’enseignant ?

 

Djomkam Elvis Michel: Je suis enseignant de Physique Chimie et

Technologie (PCT) au collège B Olive depuis 4 ans. Je suis diplômé des universités camerounaises et étudiant en thèse de doctorat à l’Université de Yaoundé I. Je tiens les classes de Terminales C et D Première A, C et D, et 2nde A, et C.

Mon parcours académique m’a conduit vers l’enseignement parce que notre pays regorge de moins de sociétés. Il y en a certes dans le domaine de la Physique Chimie, mais avec mon niveau d’études, je suis plus orienté vers l’enseignement qu’en entreprise. Cela dit, j’ai toujours voulu enseigner puisque j’ai été enseignant vacataire à l’université pendant 5 ans. Depuis la classe de 3ème je fais dans l’accompagnement scolaire en donnant des cours de répétitions.

 

Aulycee : pourquoi enseignez-vous la PCT ?

Djomkam Elvis Michel:L’histoire remonte à quelques années. J’étais en classe de 2nde. .Pour la première fois j’abordais la Chimie. J’avais eu 02/20 de moyenne sur ma copie. Nos anciens professeurs classaient les notes et le professeur de physique Chimie a lu les notes d’évaluation par ordre décroissant. Par la suite, j’avais décidé de croire que cette matière n’est pas aussi difficile que ça.

 

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Aujourd’hui je l’enseigne non seulement pour me faire du bien et chasser en moi cette frustration d’avoir eu 02/20, mais pour faire plaisir à mon professeur de Physique Chimie au lycée de Mbanga dans le Moungo, M. Ngaa qui enseignait tellement bien de manière rigolo. Je n’avais jamais obtenue une telle note dans une salle de classe. Pour montrer que la matière était facile, ce professeur se moquait de ceux qui avaient la sous moyenne. Je ne sais pas dans quel établissement il est affecté aujourd’hui, mais c’est en comparaison à lui que j’ai aimé cette discipline.

 

 Une fois arrivé à l’université, j’avais choisi la Physique Chimie. Quand on avançait, on a scindé les deux filières. Il fallait choisir entre la Chimie organique, l’Informatique et la Physique. J’étais celui qui expliquait aux autres camarades et à la longue j’étais plus à l’aise qu’avec les sciences ou les mathématiques. J’étais vraiment attiré par la Physique Chimie au regard de mon parcours scolaire et académique, mis à part la classe de 2nde. Je me dis à ce jour que j’avais une vocation à enseigner cette matière.

 

 Aulycee : Comment aidez-vous vos élèves pour qui la Physique Chimie est la bête noire ?

Djomkam Elvis Michel:Quand je me réveille chez moi à 4 h 00, je me demande toujours en premier comment faire pour qu’en ma matière il n’y ait pas de sous moyenne. La Physique Chimie n’est pas difficile. Je ne vois personne qui ne travaille pas et qui peut avoir la moyenne. En sciences, il faut faire un exercice similaire pour s’en sortir dans l’exercice proposer par l’enseignant.

 Si vous ne faites pas les travaux dirigés, vous ne cherchez pas vous-même, vous ne participez pas à la correction, vous ne posez pas de questions, je ne vois pas comment vous pouvez vous en sortir. Je les exhorte à toujours maîtriser son cours avant de passer aux exercices. Il faut faire beaucoup d’exercice, savoir comprendre l’enseignant et cerner où on va.

Un cours de PC n’est pas un cours d’Histoire et Géographie. Pour lire un cours de PC il faut comprendre les phénomènes, les équations, les expériences et les mécanismes. Il ne s’agit pas de le lire comme on lit un cours de littérature mais il s’agit de comprendre le pourquoi.

 

 Aulycee : Qu’est qu’il faut avoir à la base pour s’en sortir ?

Djomkam Elvis Michel:Il faut avoir ses documents de base : ses livres, sa calculatrice, sa boite académique les règles et tout. Puis il faut être disponible à travailler.

 

 Aulycee : Quelle est votre méthodologie ?

Djomkam Elvis Michel:Je prends toujours la peine d’expliquer aux enfants en début d’année scolaire ce qu’on attend d’eux. Je prends toujours des exemples palpables. Ça ne sert à rien qu’on vous parle des choses que vous n’aurez jamais l’occasion de voir dans un laboratoire, vu les conditions de notre école. Je prends des exemples palpables pour parler de Becher, Erlen on essaie d’utiliser des cuvettes car là on n’a pas besoin d’aller dans un laboratoire pour les exercer avec le peu de matériel qu’on a dans l’établissement.

 

 J’ai la chance d’être en thèse de doctorat et d’aller emprunter quelque matériau avec l’ordre du chef de laboratoire et les ramener. Je me porte garant, car j’ai une collaboration entre le laboratoire et mon encadreur de thèse qui sait que je suis enseignant dans un collège. Tout ce qu’on appel Erlen, burette, ampoule à décanter ainsi de suite. Dans le domaine de la chimie c’est important car les enfants entendent toujours parler de Becher, ils n’ont jamais vu un Becher. Je leur présente le matériel mais nous ne manipulons pas. Mon souhait c’est que un jour je puisse manipuler les outils avec ces enfants.

 

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Aulycee : Quelle est la perception des élèves de la PC

Djomkam Elvis Michel:Nos élèves dont difficiles en travaux pratiques. Ils croient que c’est une séance de jeu. Parfois je dois les forcer à suivre. Ils sont habitués à copier comme ont dit en anglais copy to copy. Cet état part dès la base. Un enfant qui part d’un autre collège pour la 2nde pour ici il trouve un enseignant qui a tendance à faire plutôt de la pratique, et ça devient difficile. Les élèves que je suis depuis la 2nde sont plus disponibles au TP. Au privé il est difficile de suivre un élève de la 6ème en Tle sans qu’il ne change d’établissement C’est notre difficulté, car ces élèves pensent que l’enseignant augmente le programme. Il faut mettre l’accent sur la pratique, l’idéal ce serait d’avoir des TP à tous les cours.

 

 Aulycee : Quels sont vos projets ?

Djomkam Elvis Michel:Après ma thèse j’espère enseigner à l’université. Pour le moment j’ai quelques heures dans un institut mais comme doctorant. Je travaille comme assistant d’un docteur. Une fois que j’aurai mon doctorat, je pourrais avoir mes cours dans les instituts supérieurs.

 

 Le monde de l’entreprise est complexe au Cameroun. S’il y a une firme pharmaceutique qui m’ouvre une ne porte pourquoi pas. J’aimerai aussi devenir chercheur, mais la conjoncture actuelle ne nous permet pas à nous les jeunes Camerounais de rêver plus loin. C’est pour cette raison qu’on se bat avec ce qu’on a sous la main.

 Je suis doctorant en Chimie organique. Mon thème c’est « Etude des fonctions bioactives sur deux plantes médicinales africaines » Tant que je n’ai pas encore soutenu je ne peux pas donner le nom des plantes, car un autre peut utiliser la même plante pour me devancer.

 

  L’Université de Yaoundé I,  a deux branches en Chimie organique : la synthèse et la pharmacobiologie. Moi, je fais pharmacobiologie. Le but c’est d’isoler des molécules pouvant permettre la synthèse des médicaments, des fonctions actives des molécules, qui peuvent aider à la synthèse de nouvelles formes de médicaments. Vous savez les plantes regorgent d’énormes quantités de principes actifs et les isoler permet de tester ses souches de bactéries et de microbes, pour pouvoir savoir si on peut modifier telle sorte de médicaments par telle autre.

 

 Aulycee : Concrètement est ce que vos élèves pourront être capables de fabriquer demain ?

 Djomkam Elvis Michel:Oui, énormément de choses. A chaque fois je leur dit le paracétamol, l’aspirine, le savon, le menthol peuvent être fabriqués ici. Je suis capable d’isoler, de faire l’émisynthèse et voir même la synthèse d’un potentiel produit pouvant servir à la médecine. Quand tu peux faire l’émisynthèse tu peux travailler à grande échelle. Actuellement nous n’avons pas trop de laboratoires au pays et les recherches restent beaucoup dans les archives. On ne produit rien, on importe certains produits, mais chaque jour dans nos universités on isole les composés. Ce sont en réalité de potentiels candidats pour les médicaments contre le paludisme, le cancer, des radicaux libres, des antioxydants qui attendent des moyens, pour qu’on essaie d’en faire quelques chose sur le marché.

 

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Aulycee : Comment envisagez-vous l’avenir des jeunes élèves ?

Djomkam Elvis Michel:Depuis que je me frotte à l’enseignement, l’avenir je ne dirai pas qu’il est sombre mais il ne faut pas se voiler les yeux. Nos jeunes ne sont pas engagés à ce qu’il envisage faire. On dit qui veut aller loin ménage sa monture. On ne se lève pas un matin pour être chef d’entreprise, ça part dès la base. On ne se lève pas un matin pour être enseignant. On doit d’abord aimer ce qu’on fait, aimer l’école.

 

 Le savoir, les idées, se canalisent à partir de l’école. Quand je regarde mes jeunes camarades de la Terminale, de la Première, de la 2nde pour les grandes classes, beaucoup ne savent pas ce qu’ils cherchent. C’est vrai on ne sait pas à quoi ils peuvent accéder demain, mais il faut faire la part des choses. Je me demande franchement si certains savent qu’ils sont en classe d’examen parlant de mon collège, je ne sais pas ce qui se passe ailleurs.

 

 On est à moins quelques mois des examens, mais certains ne se préparent pas bien : ils ne cherchent pas leurs exercices, ils ne viennent pas au cours, ils viennent seulement composer. Quand ils cherchent l’enseignant c’est pour revendiquer les notes. La jeunesse actuelle a beaucoup à faire. Il me semble qu’il y a beaucoup de facilités de nos jours. Un aîné m’avait dit à notre époque, dans les années 90, notre génération entrait alors au lycée, il n’y avait pas de télé, de PlayStation, ou d’Internet.

Même avec l’Internet qui est là pour accélérer leur éducation, ils ne font pas de recherches, c’est du copier-coller. Je me rappelle de ma classe de Première. J’avais donné un exposé sur la pollution, ils sont tous allés sur Wikipédia copier même les parties soulignées en bleu, aucune synthèse.

 

 Ça n’a rien à voir avec l’organisation du collège. Je me dis l’administration fait sa part des choses et l’élève refuse de faire son devoir. L’éducation a trois formes : l’école, l’élève et les parents. Les parents peuvent faire leur devoir, ils payent la scolarité et les livres. L’administration recrute les enseignants, ferme les portes quand les élèves sont en retard, essaie de les punir quand ils commettent des fautes, mais la dernière touche revient à l’élève. Vous avez constaté que le portail est fermé, peu d’élèves flânent dans la cour. C’est vrai, ils sont en salle de classe. Mais sont-ils réellement présents pour suivre les cours dispensés ? Prennent-ils la peine de relire et refaire l’exercice à la maison ? Autant de questions qu’on se pose.

 

 Un élève qui ne s’engage pas, on ne peut pas s’attendre à grand-chose de sa part. Cet élève est appeler à reprendre et s’il est même admis, il n’aura pas une bonne mention. Un résultat qui peut influencer la suite de son parcours. Les élèves le savent au fond d’eux, puisqu’ils sont fiers d’obtenir un 14/20 mais quand ils ont un 4 ou un 7, c’est d’abord la faute à l’enseignant. Quand bien même ils savent qu’ils n’ont pas participé au cours.

 

 Aulycee : A 5 mois des examens officiels quel est votre bilan quand on sait que le second trimestre est très cours ?

Djomkam Elvis Michel:Dans ma matière cette année, je n’ai pas encore eu de retour satisfaisant puisque je n’ai pas encore eu un 16 /20. Je leur ai promis deux barres de craies pour celui qui aura cette note et ils se sont moquer de moi. Les notes oscillent actuellement entre 12 ,50 et 01 sur 20. Il y a des 0 aussi. Je connais des élèves qui ne réussissent pas, parce qu’ils ont été exclus pour pension non payée et qui ont raté des cours. Là c’est la faute aux parents, qui oublient que pendant les deux ou trois jours d’exclusion, l’enfant était entrain de perdre les cours. Ils reviennent payer mais l’enfant a déjà perdu une semaine et ne peut plus se rattraper.

 

 Déjà qu’on a des enfants qui ne sont pas travailleurs, l’élève revenant de la maison va juste compter le nombre de pages dans son cahier, mais il ne va plus jamais recopier les leçons perdues. C’est démotivant à la limite. Quand tu te lèves à 04 h00 pour préparer un cours, tu arrives et tu trouves 10 élèves pour une classe de 25. Les absents viendront composer le jour de l’évaluation, mais ils vont mettre ton pourcentage au rabais. Au lieu de 10 de moyenne on aura des 6 /20.

 

 Pouvez-vous nous parler des débouchés en Physique Chimie et Technologie?

Djomkam Elvis Michel:Les années changent et comme nous la dit notre Président de la République, il faut innover. Il ne faut pas toujours attendre que l’Etat crée. Je les encourage à faire la Physique Chimie, car c’est un domaine très vaste. C’est facile de passer de la Chimie en Environnement, de la Physique en Mathématiques ou en Informatique. Donc, il y a beaucoup d’ouvertures, c’est un chemin que j’ai emprunté, et je ne peux pas les décourager.

 

 J’ai eu une vocation d’enseigner, mais mes élèves peuvent exercer d’autres métiers à partir de ces disciplines. Il y a la pétrochimie, il y a la chimie des matières plastiques comme les matelas, les chaises en plastique, il y a la chimie de la production des alcools, des alimentaires comme c’est le cas aux Brasseries du Cameroun. Je ne peux pas dire de manière globale qu’il n y a pas d’industries. Peut être que les sociétés ont atteint leur cota de personnes, mais je leur promets que d’ici 4 ou 5 ans la situation va changer.

 

 Donc, ces filières n’ouvrent pas seulement à l’enseignement, on devient enseignant au collège ou à l’université par vocation. Vous avez des personnes qui peuvent s’en sortir en entreprise mais qui préfèrent aller enseigner et vis versa. La Physique Chimie Technologie peut être un moyen de gagner leur vie.

 Au Cameroun nous avons : les UIT, les Facultés tels que le Génie Industriel à l’Université de Douala, les Ecoles Normales Supérieures, L’Ecole des Mines de Meiganga, l’ENSIA à Ngaoundéré, l’ENSET à Douala.

 

 Aujourd’hui avec l’outil Internet, plus besoin de se déplacer à chaque fois pour se renseigner. L’élève va sur le site du Ministère de l’Enseignement Supérieur, il tape les mots clés écoles et instituts et il a un longue liste de résultats de recherche.

 

 Propos recueillis par Amelie Laure Kemouo

 

 

 

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